Les retombées de l’entrepreneuriat sur la réussite des élèves

25 février 2015

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Voici le quatrième article de notre série sur l’entrepreneuriat éducatif.

En octobre 2014, le CTREQ a entrepris la publication d’une série d’articles sur l’entrepreneuriat éducatif. L’article précédent, publié le 28 janvier dernier, présentait la formation offerte aux futurs enseignants et aux intervenants scolaires dans le cadre de leur formation pratique portant sur les stratégies d’intervention pédagogique en entrepreneuriat.

Dans ce nouvel article, nous vous présentons les retombées de l’entrepreneuriat sur la réussite des élèves. Une recherche, effectuée auprès de 150 élèves, a permis d’évaluer les effets de cette pratique dans les écoles.

Le concept de réussite!

Même si plusieurs définitions en lien avec la performance scolaire peuvent être associées au concept de réussite, celle retenue ici réfère davantage à une combinaison de facteurs d’ordre interne et externe comme l’autoévaluation de l’élève, ses caractéristiques entrepreneuriales et ses perceptions envers l’école. Elle repose également sur la façon dont le jeune perçoit ses réalisations, notamment les actions posées par rapport à son orientation professionnelle.

La recherche effectuée

Dans le but d’identifier les principales retombées du projet de formation et de recherche concernant la pédagogie à valeur entrepreneuriale sur la réussite des élèves, deux questionnaires ont été administrés avant (prétest) et après (post-test) la réalisation des projets entrepreneuriaux orientants à plus de 150 élèves du secondaire. Ces derniers étaient divisés dans un groupe expérimental (ceux ayant participé à un tel projet) et un autre groupe de jeunes formant un groupe témoin (ceux n’ayant pas participé à ce genre de projet). Cette approche, bien que partielle, est souvent utilisée afin de vérifier l’efficacité d’une méthode pédagogique.

Une première série de résultats

Un des instruments utilisés, le Questionnaire d’autoévaluation des caractéristiques entrepreneuriales, comprend une cinquantaine d’énoncés servant à évaluer 10 caractéristiques entrepreneuriales. Le questionnaire a été réalisé à l’aide d’une échelle de réponses de type Likert calibrée en 4 points : 1. Tout à fait en désaccord, 2. En désaccord, 3. En accord, 4. Tout à fait d’accord. Voici quelques exemples de caractéristiques en fonction des énoncés représentés :

  • La confiance en soi (j’ai une image favorable de moi-même)
  • L’esprit d’équipe (j’apporte mes idées lors du travail en groupe)
  • L’initiative (je fais preuve d’un certain leadership)
  • La persévérance (je termine ce que j’ai commencé).

Les résultats obtenus à ce questionnaire révèlent certaines différences significatives entre les réponses fournies par les deux groupes d’élèves selon les deux temps de mesure. Par contre, il est curieux de constater que les élèves du groupe expérimental répondent de façon un peu moins positive que ceux du groupe témoin à plusieurs énoncés de ce questionnaire après la réalisation d’un projet entrepreneurial orientant (post-test). Malgré le fait qu’il serait plausible de s’attendre à l’obtention de réponses plus positives du côté des élèves participants, il serait aussi possible d’expliquer de telles données par une sorte d’éveil ou une meilleure prise de conscience chez ces jeunes de leurs caractéristiques entrepreneuriales. En ce sens, probablement que leur participation à ce genre de projets leur a permis de développer une meilleure connaissance de soi ou de mieux reconnaître certaines dimensions de leur personnalité et que finalement, l’autoévaluation de leurs caractéristiques entrepreneuriales est devenue plus réaliste que celle effectuée au point de départ.

Par ailleurs, les résultats sont aussi assez révélateurs en ce qui concerne les différences possibles entre les réponses fournies par les filles et les garçons sur ce même questionnaire. De ce fait, lors du prétest, les garçons s’autoévaluent de façon beaucoup plus positive que les filles sur certaines caractéristiques entrepreneuriales comme la Confiance en soi. Cependant, force est de constater que ces distinctions tendent à diminuer à la suite de la participation de ces jeunes à un projet entrepreneurial orientant (post-test). Par conséquent, même si dans un premier temps, les garçons ont tendance à s’estimer plus favorablement que les filles, il serait possible de conclure que la réalisation de projets entrepreneuriaux orientants semble estomper l’effet du genre.

D’autres résultats révélateurs

Le second instrument retenu lors de la collecte des données auprès des élèves du secondaire est le Questionnaire sur l’orientation professionnelle. Cet outil comprend 45 énoncés qui se regroupent en quatre dimensions représentant des éléments essentiels au processus d’orientation. Il s’agit particulièrement des Facteurs considérés (ex. : qualités personnelles, intérêts, aptitudes, emplois préférés), des Sources consultées (ex. : parents, amis, conseiller d’orientation, livres, sites Internet), des Activités réalisées (ex. : journée carrière, visites d’écoles et d’entreprises, expériences de travail) et de la Motivation scolaire et professionnelle (ex. : sens et importance du travail, intérêt envers l’école, pertinence et utilité de l’école). Les élèves devaient répondre à chacun de ces énoncés en utilisant l’un des choix de réponses proposés : 1. Pas du tout, 2. Un peu, 3. Moyennement, 4. Beaucoup.

Les résultats observés chez les élèves du groupe expérimental et du groupe témoin des classes régulières selon les deux temps de mesure ne présentent pas de différences significatives marquées. Cependant, il en va autrement pour les élèves en difficulté d’adaptation et d’apprentissage. En effet, au post-test, il existe un nombre considérable d’énoncés où l’on retrouve une différence significative entre les réponses fournies par les élèves du groupe expérimental et ceux du groupe témoin, particulièrement aux dimensions Sources consultées et Activités réalisées. On pourrait ainsi prétendre que ces jeunes ont entrepris des démarches par rapport à leur orientation, ce qui est souvent un objectif de leur programme de formation. De plus, il semble selon les réponses obtenues que la réalisation de projets entrepreneuriaux orientants amène les jeunes du groupe expérimental à mieux voir la pertinence de l’école, voire même à développer de l’intérêt pour l’école.

Ces résultats témoignent d’un certain effet de la pédagogie à valeur entrepreneuriale sur l’orientation professionnelle des élèves en difficulté d’adaptation et d’apprentissage participants. Parmi les principaux arguments pouvant expliquer cette situation, il y a le fait que ce type de pédagogie cherche à familiariser les élèves à la réalité du monde professionnel en leur donnant l’occasion de vivre des situations authentiques de pratique et de poser des gestes concrets en lien avec la réalisation de projets. Elle leur permet également d’avoir recours à une expérience terrain, ce qui peut les amener à acquérir diverses connaissances et contribuer à modifier le regard qu’ils posent sur l’école. De plus, étant donné que la pédagogie à valeur entrepreneuriale est une méthode active centrée sur l’intérêt des élèves qui utilise des situations réelles de la vie courante en répondant à de véritables besoins à combler chez les élèves, l’école et la communauté, elle peut assurément avoir un effet sur la motivation de ces jeunes.

En conclusion

L’ensemble des résultats recueillis à l’intérieur de cette étude tend à démontrer des retombées tangibles chez les élèves du secondaire à la suite de leur participation à un projet entrepreneurial orientant. Ces données révèlent également que le fait de miser sur l’engagement actif des élèves dans des situations tirées du monde réel peut avoir un effet bénéfique sur le développement de leurs caractéristiques entrepreneuriales et sur des dimensions en lien avec leur orientation professionnelle. Il serait sans doute opportun d’approfondir cette conclusion en menant d’autres travaux de recherche.

Source :

Samson, G., Gingras, M., Morin, D., Pratte, L., Morin, M., Désilet, J. et Leduc, S. (2014). La pédagogie à valeur entrepreneuriale : effets sur la réussite des élèves et les conditions de pratique des enseignants et autres intervenants scolaires. Recherche menée à l’Université du Québec à Trois-Rivières et à l’Université de Sherbrooke en collaboration avec le Secrétariat à la jeunesse, Ministère du Conseil exécutif.