L’atelier du Fonds pour la persévérance scolaire des jeunes autochtones du Québec

28 janvier 2015

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En juin 2012, Réunir Réussir confiait au Centre de transfert pour la réussite éducative (CTREQ) la gestion d’un Fonds pour la persévérance scolaire des jeunes autochtones du Québec (FPSJA). Ainsi vingt-deux projets ont été réalisés rejoignant près de 2000 jeunes et sollicitant la participation d’environ 160 partenaires directs ou indirects.

Les projets se sont adressés tout autant à l’école, la famille que la communauté. Ils se répartissent en quatre types d’activités : valorisation de la culture autochtone, leadership et engagement des élèves, soutien externe à l’apprentissage des jeunes et soutien familial à la réussite éducative et entrepreneuriat jeunesse.

A l’automne 2013, le CTREQ confiait à son tour à Natasha Blanchet-Cohen, professeure chercheuse de l’université Concordia, le mandat d’évaluer les retombées, la mise en œuvre des projets par rapport à la persévérance scolaire et les apprentissages réalisés.

L’atelier

Dans le cadre des activités d’évaluation, un atelier a eu lieu les 8 et 9 décembre 2014 à l’Hôtel Musée Premières Nations de Wendake. Ses objectifs : valider les résultats émergeant de l’évaluation, les approfondir et les enrichir grâce au partage de savoirs et aux témoignages de participants aux projets.

Environ 85 personnes, promoteurs de projets en persévérance scolaire et partenaires dans le domaine de l’éducation, y ont assisté. Des représentants de neuf Premiers-Peuples étaient présents. 90 % des projets réalisés étaient représentés.

Résultats :

En premier lieu, la chercheuse a rappelé à l’auditoire l’importance de poursuivre la réflexion sur la notion de « succès » en matière de persévérance scolaire en contexte autochtone. Le succès en matière de persévérance ne se limite pas au seul volet scolaire. Il faut reconnaître les autres dimensions de la persévérance, dont la vitalité culturelle, les liens avec les aînés et le soutien communautaire. Les résultats des diverses collectes de données révèlent la nécessité de mieux comprendre et intégrer certains « leviers » associés à la persévérance scolaire comme l’employabilité et la participation citoyenne et culturelle. Documenter et mesurer les impacts des projets sur la persévérance scolaire est déjà un défi en soi. Le faire de façon culturellement appropriée en est un supplémentaire.

Les résultats préliminaires dévoilés lors de l’atelier concernent cinq dimensions : la mise en œuvre des projets, les déterminants de la persévérance scolaire en contexte autochtone, le partenariat, le renforcement des capacités locales et l’accompagnement des projets.

La mise en œuvre des projets en persévérance scolaire

Tous les promoteurs ont indiqué leur satisfaction quant à la réalisation de leur projet. Cependant, 80 % des projets y apporteraient des ajustements d’ils avaient à le refaire : une démonstration évidente des apprentissages réalisés.

Les projets qui ont le mieux réussi ont en commun certaines conditions dont l’intérêt d’investir et de bâtir des relations avec les jeunes, la participation de la communauté et de partenaires, la stabilité des personnes sur le terrain, la régularité des activités et la capacité de s’adapter aux imprévus tout en gardant l’accent sur les visées du projet. Des défis demeurent cependant dont la cohérence entre le projet planifié et celui réalisé, l’échéancier, le roulement de personnel, l’insuffisance de ressources autochtones et enfin, le capacité du projet d’accrocher et de rejoindre les jeunes.

Les déterminants de la persévérance scolaire en contexte autochtone :

Les projets visaient plus d’un déterminant augmentant ainsi les chances d’impacts au niveau de la persévérance scolaire. Les facteurs personnels étaient les plus représentés comme l’estime de soi, l’identité, la motivation, les habitudes de vie. La moitié des projets identifiait à la fois l’importance et la difficulté d’impliquer et de rejoindre les parents.

La pertinence des déterminants actuels au contexte autochtone est contestée par plusieurs promoteurs. Ils doivent être revus et adaptés sous l’angle autochtone avec comme premier ajout la valorisation (réappropriation) de l’identité culturelle autochtone. Celle-ci se réalise à travers la transmission des connaissances, l’implication des aînés, la revalorisation de la culture et du savoir autochtone et leur intégration dans les projets. Comme deuxième ajout, citons la prise en compte des différents styles d’apprentissages propres à la culture autochtone.

Non seulement y a-t-il lieu de revoir et d’optimiser la liste des déterminants à la lumière de ces résultats, mais il faut accroître leur compréhension et leur utilisation avant et pendant la mise en œuvre des projets. Leur complémentarité et les interactions que les déterminants tissent entre eux doivent aussi être mieux saisies.

Le partenariat

Bien que toutes les personnes interrogées affirment que le partenariat est essentiel, elles admettent la difficulté de mobiliser les partenaires de la réussite et de la persévérance scolaire. Il en va de même de la collaboration avec les écoles : un bilan négatif ou mitigé ressort pour près de la moitié des projets. Il est noté que l’intégration ou la valorisation de l’approche communautaire par le milieu scolaire n’est pas toujours présente ou optimale. Comment composer par ailleurs avec le roulement et manque de personnel, mieux arrimer l’approche communautaire avec le système éducatif, aplanir la ségrégation entre l’école et la communauté, faciliter l’ouverture de l’école à l’importance de prendre en compte la culture autochtone?

Certains projets y sont mieux parvenus : ils disposaient de personnes-ressources/pivot qui ont fait le pont entre le milieu des jeunes et la mise en œuvre des projets, la collaboration et la coordination étaient au rendez-vous avec les enseignants et les directions et la commission scolaire et des partenaires clés (ex. : Conseil de bande) soutenaient le projet, conscients de leur responsabilité à ce niveau.

Le renforcement des capacités locales

Le renforcement des capacités locales représentait un des plus grands défis rattachés aux projets en persévérance scolaire. Bien qu’il fût compliqué à évaluer, les données révèlent que la prise en charge par le milieu est limitée. Le transfert de connaissances est difficile et repose souvent sur quelques personnes faisant en sorte que la pérennité n’est pas toujours assurée. Comme défis : réfléchir au renforcement des capacités locales dès la mise en œuvre d’un projet pilote ou novateur, diminuer le taux de roulement de personnel dans la communauté, pallier un certain manque de compétences ou de capacités dans le milieu. Les projets où la stabilité des ressources humaines était assurée et qui impliquaient des acteurs clés de la communauté à tous les niveaux sont mieux parvenus à renforcer les capacités locales en persévérance scolaire.

En somme, pour augmenter l’utilisation des ressources de la communauté et sa prise en charge progressive des projets, les responsables de projets doivent prévoir dès le départ des stratégies et des moyens de même que des outils ou modalités pour planifier le transfert des connaissances.

L’accompagnement

La majorité des promoteurs ont indiqué que l’accompagnement constitue un appui à la gestion des projets et à la reddition de comptes. Il permet d’enrichir les projets, d’approfondir la réflexion et d’ouvrir sur d’autres possibilités. Il diffuse les bonnes pratiques ainsi que le transfert de connaissances tout en facilitant le réseautage et la liaison tant à l’interne qu’à l’externe. Des défis persistent : parvenir à un meilleur équilibre entre la reddition de comptes et le soutien; augmenter les connaissances des promoteurs au niveau de la persévérance scolaire et pour cela, renforcer celles des accompagnateurs, prendre le temps et les moyens d’établir une relation de confiance, communiquer et comprendre plus clairement le mandat de l’accompagnateur, adapter les modalités d’accompagnement et de reddition de comptes à la réalité des partenaires autochtones, augmenter la compréhension de la persévérance scolaire en contexte autochtone chez les accompagnateurs ainsi que les occasions d’échange entre accompagnateurs et promoteurs. Plusieurs participants à l’atelier ont d’ailleurs indiqué la richesse de l’atelier en termes d’occasion d’échanges et leur regret du même coup que cela ne soit pas venu plus tôt.

Conclusion

L’atelier 8 et 9 décembre 2014, au-delà d’avoir vaincu la distance, a été de rassembler plusieurs Premiers-Peuples et des partenaires, tant autochtones que non autochtones, autour des défis communs que sont la réussite et la persévérance scolaires. Au terme de cet atelier, les uns et les autres sont repartis énergisés par tant de savoirs partagés.

L’évaluation de l’atelier a fait ressortir plusieurs aspects très appréciés comme les échanges durant les groupes de discussion, l’inspiration en provenance de nos panellistes, les contacts réalisés et les connaissances acquises, en particulier celles qui permettront un meilleur accomplissement de leurs projets en PSJA.

La culture autochtone doit englober l’ensemble des initiatives, projets et activités qu’ils soient le fait de l’école, de la famille ou de la communauté. Le FPSJA a permis un certain défrichement des enjeux et des défis qui attendent tous les partenaires soucieux de la réussite éducative de ces jeunes. Afin que ces résultats servent la cause de la persévérance scolaire, nous devons tous nous en inspirer pour la suite de l’action.