
Mobiliser le groupe adjectival pour rédiger un conte
Équipe de recherche
Kim Samson, Ph. D.
Chargée d’enseignement
Université Laval
La grammaire a mauvaise réputation auprès des élèves : ennuyante, difficile, laborieuse, inutile. Évidemment, si son apprentissage ne se résume qu’à des exercices répétitifs qui portent sur les exceptions de la langue, pas étonnant que les élèves n’y perçoivent pas d’intérêt. Pourtant, bien s’exprimer, autant à l’oral qu’à l’écrit, est nécessaire à la réussite scolaire. Et si on leur montrait concrètement en quoi les connaissances grammaticales servent l’apprentissage de l’écriture?
Le CN : une notion grammaticale pour apprendre à raconter
Prenons une notion grammaticale centrale au primaire : le groupe nominal (GN). Dès la 2e année, les élèves sont exposés à son fonctionnement : le nom est un donneur et il possède des expansions, dont le groupe adjectival (GAdj), qui s’accorde en genre et en nombre avec lui. Les caractéristiques sémantiques, morphologiques et syntaxiques de cette expansion du nom sont ainsi abordées avec les élèves. Mais qu’en est-il des effets possibles de cette structure, notamment lorsque l’on veut raconter ?
Le GAdj a ceci d’intéressant : plus que de seulement caractériser le nom ou ajouter de l’information, comme tout bon complément, c’est une structure formidable pour rendre une atmosphère particulière. Par exemple, pour mettre en scène un loup-garou, personnage typique des contes québécois, un élève pourrait rédiger la phrase suivante : « Un hurlement résonna dans la forêt. » L’information est factuelle. Pour guider la compréhension du lecteur, pourquoi ne pas inviter l’élève à ajouter des compléments du nom à « hurlement » et à « forêt » ? Comment la forêt est-elle ? Quelle sorte de hurlement résonne ? Est-ce celui d’un animal ? Ainsi, la phrase pourrait être étoffée en : « Un hurlement terrible résonna dans la forêt sombre et glaciale. »

Trois expansions ont été ajoutées. Le GAdj « terrible » évoque un hurlement monstrueux, presque surnaturel. On devine le loup-garou sans même le nommer. Quant aux GAdj coordonnés « sombre » et « glaciale », ils ne décrivent pas seulement la forêt, ils la rendent dense, froide, typiquement boréale. L’action se situe probablement dans les fins fonds de l’arrière-pays. Ainsi, les expansions ajoutées aux deux noms nourrissent la même atmosphère inquiétante. Le lecteur sait qu’un évènement se produira.
Articuler grammaire et écriture pour donner du sens aux savoirs
L’activité proposée, qui consiste à enrichir une phrase en observant l’effet des expansions ajoutées sur la narration, repose sur un principe central en didactique : l’articulation entre grammaire et écriture. Articuler, c’est faire en sorte que les apprentissages réalisés en grammaire enrichissent ceux faits en écriture, et inversement (Lord, 2018, Vincent et al., 2016).
Conclusion
En grammaire, les élèves étudient la formation du GN et, en situation d’écriture, ils découvrent les effets possibles des expansions du nom sur la narration d’un conte. Ainsi, l’étude de la grammaire prend tout son sens : en plus d’apprendre à respecter les règles grammaticales du français en abordant en classe les accords dans le GN, les élèves sont amenés à se demander si leurs choix grammaticaux servent l’atmosphère qu’ils veulent créer dans le conte. Lorsqu’ils constatent que l’ajout d’un seul complément du nom rend leur texte plus enlevant, ils comprennent enfin que toutes ces heures passées à étudier la grammaire servent effectivement à leur apprendre à mieux s’exprimer.
Références
Lord, M.-A. (2018). Le genre textuel comme point nodal pour planifier l’enseignement dans la discipline français. Dans Boubli-Ekimova, H. et Stan, C. A. (dir.), Macro-planification. Planifier et enseigner à partir de concepts (p. 89-105). Presses de l’Université Laval.
Vincent, F., Émery-Bruneau, J., Dezutter, O., Lefrançois, P. et Larose, F. (2016). L’enseignement de la grammaire au service du développement de compétences en lecture et en écriture : une synthèse des connaissances. Rapport de la recherche FRQSC 2015-LC-188047, action concertée, programme de recherche sur la lecture et l’écriture.
Source de l’image : Magnific