
Les discussions lexicales comme levier de réussite scolaire au primaire
Équipe de recherche
Claudine Sauvageau
Professeure adjointe et membre du Collectif de recherche sur la continuité des apprentissages en lecture et en écriture CLÉ
Université de Sherbrooke
Pour favoriser l’apprentissage du vocabulaire chez les élèves du primaire, en particulier chez ceux considérés comme « à risque », les discussions lexicales s’avèrent une voie prometteuse, comme le met en évidence l’étude menée par Claudine Sauvageau (2023).
L’enseignement du vocabulaire
Pourquoi le vocabulaire est-il si important ? Parce qu’il constitue l’un des meilleurs prédicteurs de la réussite scolaire. Comprendre un texte, participer à une discussion, écrire un récit ou résoudre un problème passe nécessairement par la compréhension et/ou la production des mots. Or, les expériences langagières vécues avant l’entrée à l’école varient grandement d’un enfant à l’autre et ces écarts ont tendance à se creuser au fil de la scolarité.
Les élèves qui possèdent un bagage lexical plus limité dans la langue de scolarisation sont donc plus susceptibles d’être considérés comme « à risque ». Alors que la majorité des mots sont appris de manière incidente, en lisant ou en écoutant, ces élèves parviennent plus difficilement à utiliser les indices contextuels et bénéficient dès lors d’un enseignement explicite et structuré du vocabulaire. Par ailleurs, dans la mesure où les interactions orales contribueraient au développement des habiletés de compréhension et de production lexicales (Sardier, 2023), une approche centrée sur l’oral apparait cohérente. La recherche présentée ici allie justement l’enseignement direct du vocabulaire (Beck et al., 2013) à l’oral réflexif (Chabanne et Bucheton, 2002).
Deux approches complémentaires
L’enseignement direct de vocabulaire consiste à choisir des mots « payants » (Graves, 2016), qui présentent à la fois une certaine complexité et un fort potentiel de réinvestissement (p. ex. paisiblement, se hâter, douillet). Ces mots sont issus d’un contexte authentique, bien souvent d’un livre jeunesse. Ils sont expliqués aux élèves, puis réinvestis au moyen d’une diversité d’activités de consolidation visant à approfondir les connaissances liées à leur forme, à leur sens et à leur usage.

Source : Claudine Sauvageau, 2023
L’oral réflexif, quant à lui, repose sur des discussions entre élèves où ceux-ci doivent justifier, négocier et parfois remettre en question leur compréhension des concepts et des savoirs appris. On parle alors de coconstruction des savoirs.

Source : Claudine Sauvageau, 2023
Une recherche menée au 1er cycle
L’alliance entre l’enseignement direct de vocabulaire et l’oral réflexif a été étudiée dans le cadre d’une recherche menée au 1er cycle du primaire. Les élèves (à risque et non à risque) ont participé à différentes activités de consolidation portant sur des mots ciblés. Certains élèves ont vécu des activités basées sur des discussions lexicales en contexte d’oral réflexif où ils devaient résoudre collaborativement un « problème lexical ». Il pouvait notamment s’agir de choisir en dyade la meilleure représentation visuelle d’un mot. À des fins de comparaison, d’autres élèves ont participé à des activités plus « traditionnelles », comme l’association de mots avec des images.

Source : Claudine Sauvageau, 2023
Des résultats encourageants
Les résultats sont encourageants. Globalement, tous les groupes d’élèves ont réalisé des apprentissages significatifs. Toutefois, les activités menées en oral réflexif se sont révélées particulièrement porteuses pour réaliser des tâches plus complexes, comme rappeler le sens précis d’un mot ou en produire correctement la forme à l’oral. Chez les élèves à risque, les gains étaient aussi présents et semblaient se renforcer au fil des blocs d’activités, même si certaines différences soulèvent des questions quant au type d’étayage à privilégier auprès de ces élèves.
Le vocabulaire comme levier de réussite

Source : Claudine Sauvageau, 2023
En conclusion, la recherche menée démontre le bienfondé des discussions lexicales entre pairs en contexte d’oral réflexif pour favoriser la consolidation du vocabulaire enseigné de façon directe. En ce sens, le vocabulaire devient un véritable levier de réussite scolaire, puisqu’il permet à l’ensemble des élèves de mieux comprendre et de mieux s’exprimer.
Références
Beck, I. L., McKeown, M. G. et Kucan, L. (2013). Bringing words to life: Robust vocabulary instruction (2e éd.). The Guilford Press.
Chabanne, J.-C. et Bucheton, D. (2002). Introduction. Dans J.-C. Chabanne et D. Bucheton (dir.), Parler et écrire pour penser, apprendre et se construire. L’écrit et l’oral réflexifs. (p. 1-23). Presses universitaires de France.
Graves, M. F. (2016). The vocabulary book: Learning and instruction (2e éd.). Teachers College Press.
Sardier, A. (2023). Enseignement-apprentissage du lexique : discussion lexicale et réemploi en CM2 (10-11 ans). Cahiers de Lexicologie, 122(1), 239-265. http://doi.org/10.48611/isbn.978-2-406-15055-8
Sauvageau, C. (2023). L’oral réflexif entre pairs pour favoriser la consolidation du vocabulaire rencontré en lecture chez les élèves à risque du 1er cycle du primaire [thèse de doctorat, Université de Montréal]. Papyrus. https://doi.org/1866/32604
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