
L’enseignement en plein air : un levier pédagogique à explorer
Équipe de recherche
Annie Dutil, M. Sc. éd.
Enseignante en Techniques d’éducation spécialisée, Programme Techniques d’éducation spécialisée
Cégep de Granby
Au fil de la progression scolaire d’un individu, le temps consacré aux activités extérieures dans un cadre éducatif diminue (Hernandez, 2024). Étant donné tout le potentiel que présente l’enseignement en plein air (EPA) sur l’apprentissage, il semble important de s’y attarder et d’en favoriser le développement.
Les effets potentiels
Parmi ses nombreux avantages, l’EPA a le potentiel de :
- soutenir la santé mentale étudiante et diminuer le stress (Berghmans, 2024 ; Coventry et collab., 2021) ;
- permettre le développement de liens significatifs entre les personnes étudiantes et améliorer les compétences de nature sociale (Gargano, 2010 ; Becker et collab., 2017) ;
- favoriser une articulation plus fluide entre la théorie et la pratique (Munge et collab., 2017) ;
- restaurer l’attention et améliorer la concentration par l’exposition à la nature (Kuo et collab., 2019).
Selon plusieurs études, l’EPA semble se révéler un levier intéressant pour le développement de la créativité, de la résolution de problème et de comportements positifs d’adaptation. Il favorise également l’exercice du sens des responsabilités, notamment par le développement du jugement critique, de l’engagement, ainsi que des comportements de collaboration (Allan et colla., 2025 ; Mann et collab., 2022 ; Kuo et collab., 2019 ; Cooley, 2015; Cooley et collab., 2015).
Reconnecter les personnes étudiantes à leur environnement peut aussi permettre une prise de conscience des enjeux écologiques et faire naître le désir de protéger l’environnement (Sheelavant, 2022).
Cela fait de l’EPA un levier puissant pour développer des compétences variées : techniques, sociales, affectives et citoyennes.
Pédagogie en plein air
Il existe depuis longtemps des initiatives de personnes enseignantes en EPA dans les cégeps, et ce, au sein d’une grande diversité de programmes1.
Les personnes enseignantes qui tentent l’expérience découvrent qu’un ajustement pédagogique est souvent nécessaire. D’ailleurs, les effets positifs nommés plus haut émergent lorsque les pratiques pédagogiques sont intentionnellement adaptées au contexte de plein air. En outre, le déplacement hors des murs invite les personnes enseignantes à recourir à des approches actives et à saisir les occasions d’apprentissage offertes par le milieu physique et la communauté environnante (Ayotte-Beaudet et collab., 2022).
Concrètement
Pour faire ses premiers pas en EPA, nul besoin de revoir entièrement son approche pédagogique. Quelques ajustements peuvent permettre le déroulement d’une expérience positive pour les personnes étudiantes et enseignantes.
Par exemple, amorcer un cours à l’extérieur présente des avantages non négligeables. D’abord, le fait de se donner rendez-vous dehors réduit le temps accordé aux déplacements. On peut trouver, en plein air, de multiples façons de présenter son cours de manière originale. Faire une activité qui demande de la collaboration entre les personnes étudiantes, comme une résolution de problème, forcera la communication entre elles. En se déplaçant pour soutenir les équipes, la personne enseignante aura l’occasion de faire la connaissance des personnes étudiantes ; d’estimer leurs acquis préalables, leur motivation… Au retour en classe, le groupe sera potentiellement plus détendu et participatif.
Une exploration de l’environnement du cégep peut révéler à la personne enseignante le potentiel de l’EPA en lien avec les compétences de son cours. Aussi, des discussions avec des pairs peuvent permettre l’adaptation des différentes expériences à son propre contexte et une organisation appropriée des sorties.
Conclusion
L’EPA ne devrait pas être perçu comme une pratique marginale ou accessoire, mais bien comme une possibilité de transformation éducative. Elle nous donne l’occasion d’accorder à l’environnement une place plus importante dans nos pratiques pédagogiques, en plus de nous donner la chance de mieux répondre aux besoins psychosociaux et d’apprentissage des personnes étudiantes du collégial.
Références
Allan, J. F. et collab. (2025). « Building resilience and well-being for post-covid adolescents through outdoor adventure », Journal of Adventure Education and Outdoor Learning, vol. 25, no 1, p. 166‑192.
Ayotte-Beaudet, J.-P. et collab. (2022). Pratiques enseignantes en plein air en contexte scolaire au Québec: au-delà de la pandémie de COVID-19, rapport de recherche, Chaire de recherche en éducation en plein air (CREPA).
Becker, C. et collab. (2017). « Effects of Regular Classes in Outdoor Education Settings: A Systematic Review on Students’ Learning, Social and Health Dimensions », International Journal of Environmental Research and Public Health, vol. 14, no 5.
Berghmans, C. (2024). « L’impact de l’exposition à la nature (bain de forêts) sur la santé mentale : une revue d’études contrôlées et randomisées et une analyse des processus d’action », L’Évolution psychiatrique, vol. 89, no 4, p. 811‑828.
Cooley, S. J. (2015). Developing groupwork through outdoor adventure education: a systematic evaluation of learning and transfer in higher education, thèse de doctorat, University of Birmingham.
Cooley, S. J., V. E. Burns et J. Cumming (2015). « The role of outdoor adventure education in facilitating groupwork in higher education », Higher Education, vol. 69, no 4, p. 567‑582.
Coventry, P. A. et collab. (2021). « Nature-based outdoor activities for mental and physical health: Systematic review and meta-analysis », SSM – Population Health, vol. 16.
Gargano, V. (2010). Les retombées du cours collégial « Plein air expérientiel » aux plans personnel et interpersonnel, mémoire de maîtrise, Université du Québec à Chicoutimi.
Hernandez, H. (2024). « Let’s take this outside : rethinking outdoor education », Journal of Education and Learning, vol. 13, no 5.
Kuo, M., Barnes, M., Jordan, C. (2019). « Do experiences with nature promote learning? Converging evidence of a cause-and-effect relationship ». Frontiers in Psychology, vol. 10.
Mann, J., T. Gray et S. Truong (2022). « Rediscovering the Potential of Outdoor Learning for Developing 21st Century Competencies », dans R. Jucker et J. von Au (dir.), High-Quality Outdoor Learning: Evidence-based Education Outside the Classroom for Children, Teachers and Society, Springer International Publishing, p. 211‑229.
Munge, B., G. Thomas et D. Heck. (2017). « Outdoor Fieldwork in Higher Education: Learning From Multidisciplinary Experience », Journal of Experiential Education, vol. 41, no 1, p. 39.
Sheelavant, S. (2022). « The Role of Outdoor Education in Fostering Environmental Stewardship », Iconic Research an Engineering Journals, vol. 6, no 5.
Source de l’image : Claudine Chaussé, étudiante au Cégep de Granby.