
La dépression au collégial : la comprendre pour accompagner l’étudiant
Vaste sujet, le décrochage scolaire est une préoccupation qui touche tous les ordres d’enseignement. Plusieurs facteurs peuvent influencer la persévérance scolaire. Or, la santé mentale des étudiants demeure un enjeu majeur dans la capacité à poursuivre, ou non, leurs études. À ce propos, la thèse de doctorat de Marie-Laurence Paré (2020) porte un regard sur la dépression chez les étudiants au collégial et sur les stratégies à déployer pour limiter l’abandon scolaire. La thèse fait état de la relation entre les buts personnels dans le milieu scolaire et les manifestations de comportements dépressifs pouvant mener au point de rupture du parcours scolaire de l’étudiant.
La transition du secondaire vers le collégial comporte souvent un défi d’adaptation. En effet, cette étape est souvent associée à une période de changements multiples, de choix déterminants et d’une exploration identitaire prononcée. Le désir d’autonomie et d’indépendance s’exprime autant par l’excitation de franchir une nouvelle étape que par l’angoisse d’accéder à un monde axé sur la responsabilisation. Il est donc peu surprenant que cette transition soit source de stress et d’angoisse chez l’adulte émergent. Conséquemment, il n’est pas rare de voir apparaître des symptômes dépressifs chez les étudiants les plus vulnérables.
« Selon le plus récent sondage de l’Association américaine de santé collégiale (ACHA, 2019a), 51,6 % des étudiants postsecondaires canadiens interrogés rapportaient s’être sentis si déprimés qu’il leur était difficile de fonctionner, ceci à au moins une reprise dans la dernière année. » (Paré, 2020, p. 1)
Les étudiants de niveau collégial sont peu portés vers la consultation malgré les ressources mises à leur disposition dans le cadre scolaire. La thèse de Paré (2020) propose un angle d’intervention qui peut outiller les enseignants et les intervenants du milieu collégial.
« Paré et Marcotte (2014) avaient cependant identifié […] que 44 % des étudiants présentant un niveau significatif de symptômes de dépression ne consultaient pas en psychologie […] Ce serait toutefois 58 % des étudiants qui souffrent de dépression majeure qui reconnaîtraient leur besoin d’aide (Eisenberg et al., 2007). » (Paré, 2020 p. 26)
Les buts personnels en tant que facteurs modérateurs
Unités de motivation humaine hiérarchisées, les buts personnels comprennent un ensemble d’action, de pensées et de projection marquante pour une personne qui s’inscrivent dans un contexte particulier ou dans une situation donnée. En fait, les buts personnels s’inscrivent dans une perspective d’accomplissement et d’épanouissement personnel qui permet à la personne de planifier ses concrétisations dans l’espoir d’atteindre ses buts.
Plusieurs études ont investigué la relation entre les buts personnels et la dépression. La capacité d’évaluation d’un but personnel et la perception que la personne a de ce but influencent directement son engagement à l’atteindre. Ces éléments, tous interreliés, auraient une influence sur la manifestation de symptômes dépressifs. En effet, l’idée de buts chers à la personne, mais dont la perception par celle-ci qu’ils sont inatteignables en termes de temps et de possibilité, peut la conduire dans une spirale de dévalorisation menant à des symptômes dépressifs et de désengagement.
Les buts personnels se définissent comme « une image exhaustive d’un idéal emmagasiné dans la mémoire à titre de comparaison à un état actuel; une représentation de l’avenir qui influence le présent; un désir; et une incitation à l’action » (Cochran et Tesser, 1996).
L’intervention de type cognitif-comportemental
Parce qu’elle intervient directement sur les cibles spécifiques en lien avec les symptômes dépressif, l’approche cognitive-comportementale auprès des jeunes adultes émergents démontre une efficacité qui retient l’attention dans les milieux collégiaux. En mettant l’accent sur l’acquisition d’habiletés de résolution de problèmes, cette approche propose une dynamique d’intervention axée sur l’autogestion de soi qui assure une pérennité dans le processus de guérison.
En général, une thérapie cognitivo-comportementale est une démarche psychothérapeutique qui aide à comprendre que les pensées influencent le comportement. Comme le laissent entendre les mots qui composent le terme, les interventions cognitivo-comportementales mettent l’accent sur la façon de penser (aspect cognitif) et sur la façon de se comporter (aspect comportemental), en partant du principe que la façon de penser influe sur la façon de se comporter (Rugge et Bonta, 2014).
La considération des buts personnels de l’adulte émergent en amont de l’intervention permet d’évaluer les facteurs de motivation, d’engagement et les déterminants qui peuvent entrer en ligne de compte dans son autorégulation. De plus, l’étude des buts personnels et leur modélisation dans un cadre réaliste en coconstruction avec l’étudiant peuvent influencer son sentiment de contrôle et, subséquemment, son estime de soi.
Que faire alors avec les étudiants?
Le fait d’avoir des buts personnels est une chose commune à tous les individus, mais de les savoir réalistes, atteignables et possibles dans un avenir rapproché influence considérablement la persévérance de l’individu contextualisé. C’est de cet angle d’intervention qu’il s’agit, un angle qui, au lien d’être informatif, accompagne de manière positive le jeune adulte dans son processus d’émergence. Guider l’étudiant dans la mise en perspective de ses buts personnels, l’aider à les cadrer en amont dans la sphère scolaire pour ensuite lui proposer des avenues qui lui sont accessibles en lien direct avec ses buts personnels, voilà une clé bienveillante à considérer.
Références
Paré, M.-L. (2020). La dépression chez les collégiens : apport des buts personnels en lien avec le rendement scolaire et l’effet d’une intervention cognitive-comportementale en contexte scolaire. [Thèse de doctorat, Université du Québec à Montréal]. Archipel. https://archipel.uqam.ca/14770/1/D3790.pdf
American College Health Association (ACHA) (2019a). American College Health Association-National College Health Assessment II: Canadian Reference Group Data Report Spring 2019. American College Health Association.
Cochran, W. et Tesser, A. (1996). The « what the hell » effect: Some effects of goal proximity and goal framing on performance. Dans L. L. Martin et A. Tesser (dir.), Striving and feeling: Interactions among goals, affect, and self- regulation (p. 99-120). Lawrence Erlbaum Associates, Inc.
Eisenberg, D., Golberstein, E. et Gollust, S. E. (2007). Help-seeking and access to mental health care in a university student population. Medical Care, 45(7), 594-601. DOI: 10.1097/MLR.0b013e31803bb4c1
Paré, M. L. et Marcotte, D. (2014). La consultation de services psychologiques chez les jeunes adultes : enjeux et pistes de solution. Psychologie Québec, 31(4), 29- 31.
Rugge, T. et Bonta, J. (2014). Training community corrections officers. Dans R.C. Tafrate et D. Mitchell (dir.), Forensic CBT: A Handbook for Clinical Practice (p. 122‑136). John Wiley & Sons.
Source de l’image : Shutterstock