
De l’implicite à l’explicite : repenser l’évaluation des savoirs de prévention en formation professionnelle
Équipe de recherche
Robin Castonguay
Praticien-chercheur en sciences de l’éducation
Observatoire de la formation professionnelle du Québec
Paola Caron
Chargée de cours, Département de pédagogie
Université de Sherbrooke
Angie Sirois
Chargée de cours, Département de pédagogie
Université de Sherbrooke
Les élèves de la formation professionnelle (FP) évoluent et apprennent dans des environnements adaptés aux situations réelles du marché du travail (situations authentiques). Dans ce contexte, l’apprentissage des savoirs de prévention est essentiel (Castonguay et al., 2026). Pourtant, leur évaluation demeure un angle mort dans les pratiques du personnel enseignant (Castonguay, 2022).
Cet article est issu d’une collaboration avec l’Observatoire de la formation professionnelle du Québec.
Portrait actuel de l’évaluation des savoirs de prévention
En FP, les savoirs de prévention sont présents dans les programmes d’études, parfois de façon explicite, mais souvent de manière implicite. Ils peuvent apparaître dans les buts du programme d’études, dans les intentions éducatives ou encore dans les différentes rubriques à l’intérieur d’une même compétence. Cette dispersion des savoirs de prévention à travers différentes sections du programme rend leur enseignement et leur évaluation moins visibles et plus difficiles à planifier de manière intentionnelle. Les pratiques actuelles montrent que ces savoirs sont rarement évalués de manière spécifique. Selon Castonguay (2022), ils sont souvent intégrés à l’évaluation aux fins de sanction sous la forme de règles de verdict¹, ce qui limite la possibilité de porter un jugement éclairé sur le niveau réel de compréhension et d’appropriation des savoirs de prévention par les élèves.
Avantages liés aux situations d’évaluations authentiques
Dans une approche par compétences, les situations d’évaluations authentiques sont particulièrement pertinentes, puisqu’elles sont garantes d’un changement permanent chez la personne (Tardif, 2006). Réalisées dans un contexte représentatif du milieu professionnel, elles sollicitent nécessairement des considérations liées à la santé, à la sécurité et à la prévention. Dans cette perspective, il devient difficile d’écarter les savoirs de prévention de la démarche évaluative.
Ainsi, ces savoirs gagneraient à être observés et évalués de manière continue, tant dans les évaluations diagnostiques qu’en aide à l’apprentissage, ce qui permettrait de nous éloigner de l’approche strictement dichotomique limitée au respect ou non des règles, pour soutenir véritablement leur développement. L’intégration de l’observation et de l’évaluation continue des savoirs de prévention éviterait également les dérives inhérentes au moment de l’apprentissage. De plus, ces deux contextes d’évaluation permettraient d’offrir des rétroactions, plus fréquentes, plus précises et plus signifiantes pour les élèves, agissant ainsi à titre d’outil de régulation.
Rendre visibles les comportements préventifs
À cet égard, les grilles d’observation à échelle descriptive figurent parmi les outils les plus appropriés dans ce cadre, puisqu’elles rendent visibles des comportements préventifs souvent difficiles à documenter ou à apprécier de façon uniforme. Cela permet l’évaluation des savoirs de prévention tout en offrant une rétroaction plus précise et plus cohérente à l’élève. Elles décrivent explicitement des manifestations observables attendues pour chacun des niveaux de performance retenus, ce qui facilite le jugement de la personne enseignante, tout comme l’autoévaluation de l’élève, voire même la coévaluation.
Conclusion
En définitive, l’évaluation des savoirs de prévention représente un levier incontournable pour soutenir le développement de compétences professionnelles sécuritaires. Pour y parvenir, il importe de dépasser une vision centrée sur le simple respect des règles de verdict et d’intégrer ces savoirs dans une démarche d’évaluation continue, authentique et critériée. En les rendant plus visibles dans les situations d’apprentissage et d’évaluation, la formation professionnelle contribue non seulement à la réussite des élèves, mais également à la préparation de travailleurs et de travailleuses capables d’agir de façon responsable et préventive dans leur futur milieu de travail.
Références
¹Une règle de verdict est un critère d’évaluation essentiel et prioritaire qui porte sur la sécurité, la santé, l’hygiène ou l’environnement. Tout manquement à une règle de verdict entraîne l’arrêt immédiat de l’épreuve et un échec automatique, peu importe la qualité du reste du travail.
Castonguay, R. (2022). Pratiques d’enseignement des savoirs de prévention en formation professionnelle au secondaire au Québec [mémoire de maîtrise, Université de Sherbrooke]. Savoirs UdeS. http://hdl.handle.net/11143/19332
Castonguay, R., Rémery, V., Riel, J. et Laberge, M. (2026). Développement de savoirs de prévention chez les élèves : rôles et responsabilités des personnes enseignantes. Dans A. Gagné et M. Deschênes (dir.), Enseigner en formation professionnelle : L’Art de former. Presses de l’Université du Québec.
Tardif, J. (2006). L’évaluation des compétences : documenter le parcours de développement. Chenelière Éducation.
Source de l’image : Magnific