Comment les élèves doués du primaire perçoivent-ils la douance ?
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Comment les élèves doués du primaire perçoivent-ils la douance ?

Publié le 10 janvier 2024
3 min de lecture

Équipe de recherche

Jeanne Lagacé-Leblanc

Ph. D., chargée de cours

Université du Québec à Trois-Rivières

Amélie Courtinat-Camps

Ph. D., professeure

Université Jean-Jaurès

Valérie Capdevielle-Mougnibas

Ph. D., professeure

Université Jean-Jaurès

Line Massé

Ph. D., professeure

Université du Québec à Trois-Rivières

Claire Baudry

Ph. D., professeure

Université du Québec à Trois-Rivières

Marie-France Nadeau

Ph. D., professeure

Université du Sherbrooke

Jean-Yves Bégin

Ph. D., professeur

Université du Québec à Trois-Rivières

Les travaux s’intéressant aux perceptions des élèves doués soulignent le caractère ambivalent et bidimensionnel des représentations. En effet, l’étiquette « doué » est liée à des potentialités « exceptionnelles », généralement associées aux représentations sociales de l’intelligence en tant qu’attribut valorisé dans notre société (surtout chez les parents et les enseignants et enseignantes) tout en renvoyant aussi aux difficultés (scolaires et psychosociales) que rencontrent certains de ces élèves et aux effets de stigmatisation sociale qu’elles peuvent engendrer.

Il importe de s’y attarder puisque c’est à travers ces représentations que l’enfant identifié comme doué construit son image de soi (Courtinat et de Léonardis, 2006). Cet article présente les résultats d’une étude sur ce sujet auprès de 24 élèves du primaire provenant d’un centre de services scolaire québécois.

Qu’est-ce qu’un élève doué ou une élève douée ?

Les élèves interrogés se représentent différemment ce qu’est un élève doué ou une élève douée. Trois principales représentations émergent :

  1. La douance définie autour de la sphère relationnelle et des effets de l’accélération scolaire : Pour ces élèves, leur statut de doué leur permet de briller aux yeux de leurs camarades. Toutefois, ils sont aussi conscients des difficultés sociales et surtout du rejet des pairs que leurs potentialités intellectuelles peuvent entraîner. Certains élèves indiquent que l’accélération scolaire peut être vécue négativement, et ce, principalement en raison des impacts sur leurs relations amicales (p. ex. : l’élève avait plus d’amis avant).
  2. La douance définie autour des aspects cognitifs et du travail sur des projets spécifiques : Le discours des élèves met l’accent sur la sphère scolaire, plus particulièrement en lien avec les travaux et projets qu’ils ont à faire. Ils relèvent des éléments liés à leur expérience scolaire (p. ex. : compréhension rapide, réalisation de projets d’enrichissement). Cela n’est pas étonnant, car comme le souligne De Léonardis et ses collègues (2006), le sens que l’élève accorde à ses activités scolaires constitue l’un des processus essentiels par lequel il va s’individualiser.
  3. La douance définie autour des capacités et des facilités scolaires : Les dimensions intellectuelle et scolaire s’avèrent centrales dans la conception que les élèves doués ont d’eux-mêmes. Ils définissent l’élève doué comme quelqu’un qui est intelligent et qui a de bonnes notes. Ces perceptions sont grandement orientées vers le modèle du « bon élève ». Ils expliquent ces facilités sur le plan des apprentissages par le fait qu’ils voient la réalité différemment comparativement aux autres élèves.

L’importance d’une vision plus nuancée de la douance

Ces résultats soulignent l’importance de travailler les perceptions que les jeunes doués développent autour de leur douance, car elles sont parfois influencées par une vision stéréotypée. D’autant plus qu’à l’adolescence, le regard des pairs devient particulièrement crucial et certains adolescents doués et certaines adolescentes douées peuvent se désinvestir de l’apprentissage pour éviter d’endosser le statut d’« excellent élève ».

Il s’avère donc essentiel de réfléchir aux perceptions que l’on se fait de la douance, du point de vue des jeunes, mais aussi des acteurs qui gravitent autour d’eux, car beaucoup de perceptions sans nuance existent encore et ne reflètent pas le vécu des jeunes concernés. Elles influencent pourtant le regard qu’on leur porte et constituent parfois des obstacles à la mise en œuvre d’adaptations ou de dispositifs spécifiques.

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Références

Lagacé-Leblanc, J., Courtinat-Camps, A., Capdevielle-Mougnibas, V., Massé, L., Baudry, C., Verret, C., Couture, C., Nadeau, M-F. et Bégin, J-Y. (décembre 2021). Perceptions de la douance chez les élèves doués dans un centre de services scolaire québécois. Psychologie française, 68(2), 261-274. https://doi.org/10.1016/j.psfr.2021.06.001

Courtinat, A. et de Léonardis, M. (2006). L’enfant à haut potentiel : quelle expérience de la différence ? Dans B. Schneider (dir.), Enfant en développement, famille et handicaps. Interactions et transmissions (p. 69–73). Érès.

de Léonardis, M., Capdevielle-Mougnibas, V. et Prêteur, Y. (2006). Sens de l’orientation vers l’apprentissage chez les apprentis de niveau V : entre expérience scolaire et rapport à l’avenir. L’orientation scolaire et professionnelle, 15, 5–27.

Source de l’image : Shutterstock

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