L’observation à l’éducation préscolaire, un défi?
Pédagogie et méthodes d’enseignementPréscolaire

L’observation à l’éducation préscolaire, un défi?

Publié le 31 janvier 2022
4 min de lecture

Ces dernières années, plusieurs articles scientifiques ont mis en avant-plan différentes stratégies pédagogiques visant à promouvoir l’utilité de l’observation en classe. Bien qu’ils permettent à l’enseignant ou l’enseignante de faire preuve d’une acuité quotidienne quant à l’ensemble des sphères de développement, les outils d’observation apportent leur lot de défis dans leur utilisation. Un article publié dans la revue Préscolaire offre un aperçu des défis et des pièges de l’observation à l’éducation préscolaire et des pistes permettant de les contourner (Coutu, Tardif et Robert-Mazaye, 2021). Le présent texte en propose un court aperçu.

Cet article s’inscrit dans un partenariat de diffusion interorde avec l’Association d’éducation préscolaire du Québec.

3 grandes catégories regroupent les défis quotidiens pour la pratique de l’observation en contexte éducatif préscolaire : l’objectivité, la complexité et la disponibilité.

L’objectivité

Lorsque l’on parle d’observation, il est systématiquement question de la valeur de l’objectivité dans le traitement de l’information qui découle de l’observation. En cela, le défi de l’objectivité dans le processus d’observation est bien réel et il existe des biais dont l’enseignant ou l’enseignante doit tenir compte afin de s’assurer de la validité et de la qualité du processus, mais surtout du résultat de ses observations.

Biais de perception

Les faits observés sont assujettis aux filtres individuels de l’observateur. En effet, les biais de perception découlent d’une multitude de facteurs personnels tels que l’âge, le genre, l’état émotionnel, l’acuité ou la sensibilité aux faits pertinents, l’expérience, etc. Ils émergent également du contexte dans lequel se déroulent les observations, par exemple le nombre de sujets à observer, le bruit ambiant, la proximité avec les sujets ou avec l’espace, etc.) Ces facteurs agissent comme des lentilles déformantes qui teintent la réalité que perçoit l’observateur (Dépret et Fisetti, 2001 dans Coutu et al., 2021).

Biais d’attribution

Les biais d’attribution renvoient à « des erreurs systématiques commises lorsque l’on tente d’apprécier ou de comprendre ses comportements ou ceux des autres » (Coutu et al., 2021, p.32). Il s’agit notamment des attentes, des préjugés ou des attitudes défavorables (ou favorables) envers certaines personnes ou certains groupes sociaux (Coutu et al., 2021).

« Une étude menée par Bouchard et coll. (2016) a démontré que les enseignantes à l’éducation préscolaire ont tendance à évaluer les filles de leur classe comme étant plus prosociales que les garçons, c’est-à-dire qu’elles seraient plus enclines à partager, coopérer et aider les autres. Pourtant, des observations systématiques indépendantes réalisées auprès des mêmes élèves n’établissent pas une telle distinction dans les comportements selon le genre des enfants. Ces résultats laissent à penser que les enseignantes pourraient remarquer plus facilement les conduites positives des filles parce qu’elles ont intériorisé une représentation différente des caractéristiques comportementales des garçons et des filles. » (Coutu et al., 2021, p. 33)

 

Biais d’internalité

Dans une situation d’observation, il y a un fort risque de biais d’internalité lorsque l’observateur « accorde une importance disproportionnée aux caractéristiques internes » (Coutu et al., 2021, p. 33) du sujet. La personnalité ou les opinions, notamment, peuvent induire une distorsion dans le regard objectif de l’observateur lorsqu’il analyse des comportements ou des faits (Coutu et al., 2021).

Comment limiter ces biais?

D’emblée, il demeure fondamental pour un observateur de prendre conscience de ses propres biais, ce qui n’est pas nécessairement systématique. Il s’agit là d’un travail d’humilité et de pleine conscience qui peut s’avérer difficile pour bon nombre de personnes. Il sera toutefois plus aisé de comprendre, en tant qu’observateur, qu’il existe un risque de biais et que des stratégies peuvent les contrer. Par exemple, le fait de travailler l’observation en collaboration peut offrir une avenue intéressante. En effet, comparer ses observations avec celles de collègues ou d’autres professionnels peut se révéler utile pour opposer les données d’observation prises en simultané.

L’atteinte de résultats objectivés semble plus probable lorsque les observateurs échangent leurs points de vue puisque des biais ou des « angles morts » qui auraient pu se manifester risquent d’être couverts par l’observateur-collaborateur ou par des sources d’informations supplémentaires non envisagés dans les hypothèses de départ. Bref, comme dirait l’adage : « À deux, c’est mieux. »

La complexité et la disponibilité

Le quotidien complexe du milieu préscolaire peut contraindre l’enseignant et l’enseignante dans la place qu’il donne à l’observation en classe. Que ce soient les tâches à accomplir dans la journée, la diversité des situations d’observation ou les subtilités de certaines composantes développementales chez les enfants du préscolaire, les défis en lien avec la complexité et la disponibilité sont nombreux.

Une planification des cibles par les observations et les objectifs précis qui sous-tendent leur pertinence, ainsi que la diversification des modalités d’observation et la multiplicité de ses moyens en fonction des intentions, permet à l’observateur d’éviter de recueillir une abondance de données utiles comme inutiles.

Il s’agit donc d’un travail efficace de structure et de préparation stratégique afin de cerner tant les besoins que le but de l’observation. Les défis associés à la complexité et à la disponibilité nécessitent une modulation des habitudes de travail en classe et la capacité à saisir, en étant organisé de manière efficace, chacune des occasions in situ pour observer.

Conclusion

L’utilisation de l’observation à l’éducation au préscolaire demeure un atout précieux pour l’accompagnement quotidien des enfants. La planification, la structure et l’adaptation des modalités d’enseignement en classe en fonction des objectifs des observations demeurent des conditions gagnantes.

Bien que l’utilisation d’outils efficaces en observation nécessite une certaine expérience, il suffit de débuter par de petites séquences propices et simples pour, par la suite, acquérir les habiletés suffisantes à l’utilisation d’instruments plus spécifiques. Il faut s’y exercer et apprendre à apprécier des faits observables tout en prenant conscience des biais possibles pouvant émerger des notes et des hypothèses préalables.

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Références

Coutu, S., Tardif, G. et Robert-Mazaye, C. (2021). Les pièges et défis de l’observation à l’éducation préscolaire. Revue préscolaire59(6) 32-35. https://aepqkiosk.milibris.com/reader/91c24a39-1dd6-492a-937f-0561038cc3c4?origin=%2Frevue-prescolaire%2Frevue-prescolaire%2Fn594-2021

Source de l’image : Shutterstock

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