Littératie

L’apprentissage de la lecture au préscolaire: récit d’une expérience inspirante

Publié le 7 janvier 2013
4 min de lecture

En 2010, la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord implantait, en collaboration avec des chercheurs de l’Université du Québec à Montréal, le projet d’apprentissage en lecture au préscolaire dans des classes en milieu défavorisé.

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Source de l’image : Flickr alexandria.ann.

 Lors de la première année de l’expérimentation, mille élèves ont participé à des activités de La forêt de l’alphabet. Ce programme, fondé sur des connaissances scientifiques, vise la prévention des difficultés d’apprentissage en lecture à la maternelle. Les élèves sont ainsi amenés à côtoyer chaque semaine l’une des 26 lettres de l’alphabet dans quatre blocs d’activités de 15 à 30 minutes. Le programme prévoit aussi des interventions de l’orthopédagogue pour les élèves qui éprouvent des difficultés.

Dans ce premier article vedette de l’année, Marc St-Pierre, directeur général adjoint retraité à la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord, nous livre le récit d’une expérience féconde qui pourra certainement inspirer d’autres acteurs du milieu scolaire.

Ce que d’autres ont fait, on peut toujours le réussir

par Marc St-Pierre, directeur général adjoint retraité à la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord

Les orages, la brume, la neige, quelquefois ça t’embêtera. Pense alors à tous ceux qui ont connu ça avant toi, et dis-toi simplement: ce que d’autres ont réussi, on peut toujours le réussir. -Saint-Exupéry, Terre des Hommes

Préambule

Le contenu de cet article a fait l’objet de deux présentations. La première dans le cadre du 1er Symposium sur le transfert des connaissances en éducation, la seconde au Congrès 2012 de l’Association québécoise des troubles d’apprentissage (AQETA). Le résumé de la présentation faite à l’AQETA figure dans le numéro de la rentrée de la revue de cette association.

Histoire d’une démarche

À la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord (CSRDN), 35% des élèves du primaire fréquentent une école située en milieu défavorisé. Les taux de décrochage s’y sont longtemps situés à plus de 15 points au-dessus de la moyenne provinciale et de 25% à 30% des élèves passaient régulièrement au secondaire sans avoir réussi l’épreuve de lecture ministérielle de la fin du primaire. Au-delà des questions de réussite et de persévérance scolaires, la situation vécue à la CSRDN soulevait d’importants enjeux de développement régional: lutte à la pauvreté et à l’exclusion, équité et justice sociales, qualité de vie et développement des compétences pour la population du territoire, de toutes conditions et de tous âges.

Une stratégie

Comme toutes les commissions scolaires, nous nous sommes dotés d’un plan stratégique et avons convenu d’un certain nombre de cibles de réussite, toutes consignées à l’intérieur d’une convention de partenariat convenue entre notre CS et le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec. Nous avons notamment fait le choix stratégique de nous attaquer à l’enseignement précoce de la lecture, dès le préscolaire. C’était pour nous la voie à privilégier: permettre à tous nos élèves d’apprendre à lire avant la fin de la 1re année du primaire afin que tous vivent éventuellement une transition réussie au secondaire et persévèrent.

En 2010, nous sortions de 10 ans de réforme du curriculum. Cette réforme qui s’est accompagnée, disons-le, de certains dérapages, a fait la promotion d’approches pédagogiques qui n’ont pas toujours été adaptées aux clientèles à risque ou issues de milieux défavorisés, notamment dans le domaine de l’apprentissage de la lecture, ce qui a semé des doutes au plan pédagogique et provoqué des remises en question. De plus la venue de la gestion axée sur les résultats (GAR) est venue colorer le paysage scolaire: on demande maintenant aux écoles et aux commissions scolaires de se doter de cibles de réussite, d’évaluer si oui ou non ces cibles sont atteintes et d’en rendre compte publiquement. [Lire l’article intégral]

À propos de cette expérience

À la Rivière-du-Nord – Une nouvelle approche pédagogique porte fruit (Le Devoir) « Bien apprendre à lire pour contrer le décrochage : c’est le pari que relève quotidiennement l’équipe de la Commission scolaire de la Rivière-du-Nord, et c’est à l’aide du programme La forêt de l’alphabet, implanté à la maternelle, qu’on compte y parvenir. »

Apprendre à lire dès la maternelle : une recette contre l’échec scolaire? (SRC – Désautels) « Le taux d’échec scolaire et de décrochage des élèves représente l’un des principaux motifs de préoccupation dans les milieux de l’éducation à l’heure actuelle au Québec. L’une des sources à l’origine de ce problème, c’est certainement les difficultés qu’éprouvent les élèves du primaire dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. C’est ce qui a conduit, il y a quelques mois, la ministre québécoise de l’Éducation, Line Beauchamp, à vouloir revoir en profondeur la politique à ce chapitre de manière à ce que l’enseignement de la lecture se fasse dès le niveau préscolaire et de façon plus systématique que par le passé. L’expérience pédagogique dite de « La forêt de l’alphabet », menée depuis quelques années dans des écoles de Saint-Jérôme, apparaît, selon certains, fort prometteuse. »

Éduquer pour changer le monde (UQAM) « [La commission scolaire de Marc St-Pierre] a été la première à implanter dans toutes ses écoles le programme de prévention des difficultés d’apprentissage en lecture La forêt de l’alphabet, dont Monique Brodeur, doyenne de la Faculté des sciences de l’éducation, est l’une des principales instigatrices. «Quand nous avons analysé nos résultats après la première année, non seulement le nombre d’élèves à risque en lecture avait beaucoup diminué, dit-il, mais nous avons aussi observé une réduction de l’écart entre élèves favorisés et défavorisés, et entre garçons et filles.»

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