
La classe inversée en virtuel, pourquoi pas?
Équipe de recherche
Suzie Tardif
Enseignante
Cégep de Saint-Félicien
Les mesures sanitaires associées à la pandémie ont imposé aux milieux scolaires une adaptation rapide et non anticipée des stratégies pédagogiques pour maintenir une qualité d’enseignement virtuel. Du préscolaire au postsecondaire, les enseignants ont dû revoir leur pratique afin de proposer des activités d’apprentissages diversifiées et innovantes, permettant de préserver et de stimuler l’intérêt des élèves envers les matières proposées. Une enseignante de mathématique au collégial a misé sur la stratégie de la classe inversée. Voici un aperçu de son expérience.
Cet article est un aperçu du texte La classe inversée en mode virtuel : portrait d’une formule gagnante corédigé par Suzie Tardif, doctorante en éducation à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Le titre « Amorcer les apprentissages » fait référence au mot « initier » dans la figure initialement proposer dans l’article d’origine.
Tout d’abord, travailler en classe inversée suppose ceci :
« Les activités hors de la classe sont axées sur l’appropriation autonome de contenus médiatisés, ce qui rend une partie de l’expertise disponible dans un espace virtuel, accessible en tout temps à l’étudiant. Les activités en classe se réalisent quant à elles par la valorisation de la pédagogie active, selon des modalités variées » (Nizet, Baliano et Meyer, 2016, p. 41).
Mais comment peut-on utiliser la classe inversée lorsqu’aucun étudiant n’a accès à la classe? C’est à cette question que l’enseignante Suzie Tardif, du cégep de Saint-Félicien, a tenté de répondre par l’expérimentation.
Le déroulement d’une classe inversée se divise en trois étapes.
Figure 1 – Scénario pédagogique d’une classe inversée en mode virtuel

Source : Tardif et Rivard, 2021
Amorcer les apprentissages
Plusieurs méthodes peuvent être utilisées pour amorcer les apprentissages. En situation pratique, il fut judicieux pour l’enseignante d’enregistrer une capsule vidéo de 5 à 30 minutes sur un concept mathématique de manière hebdomadaire et de proposer subséquemment des questions interactives en lien avec le contenu. Une période de rédaction de notes de cours complétait la séquence permettant ainsi aux étudiants de s’approprier les éléments de contenu.
Consolider les apprentissages
Pour pallier la situation pandémique, il fallait revoir les stratégies relatives à la consolidation des apprentissages. Faisant usage de créativité, les étudiants, placés en équipes de quatre sur la plateforme Teams, avaient à construire des schémas conceptuels, à faire des associations de définitions, à compléter des textes troués avec une banque de mots. Ce qui est important dans le processus d’apprentissage c’est vraiment de pousser l’élève à comprendre les concepts abordés (Tardif et Rivard, 2021).
« Ces exercices, ça amène leur compréhension plus loin, ils réfléchissent autrement, ce n’est pas nécessairement un calcul. » (Ibid., p. 20)
Évaluer les apprentissages
Selon la formule choisie, deux moyens d’évaluations sont possibles. D’abord, les évaluations formatives. Des minitests devant être effectués hebdomadairement et individuellement sont proposés à la fin des activités d’apprentissage liées à la capsule vidéo initialement visionnée. En second lieu, des évaluations sommatives sont distribuées en classe afin d’éviter les situations de plagiat.
Les réussites
L’expérimentation de la classe inversée dans un mode d’enseignement virtuel semble offrir une qualité pédagogique surprenante. En effet, l’accès libre aux capsules interactives et au matériel pédagogique en tout temps favorise l’appropriation des connaissances chez les étudiants puisqu’ils peuvent visionner les capsules vidéo autant qu’ils le veulent au moment qu’ils le souhaitent.
Un autre avantage réside dans la multiplication des outils numériques disponibles qui facilitent la création de vidéos interactives et de questionnaires, jeux-questionnaires ou minitests. Les activités deviennent donc plus aisées à planifier et à proposer, ce qui diversifie les manières d’aborder notamment la résolution de problèmes en mathématique.
« Avant, je me concentrais plus sur s’ils étaient ou non capables de faire un calcul. Là, je regarde s’ils comprennent ce qu’ils doivent faire et pourquoi. J’ai amené mes questions ailleurs et je m’assure qu’ils comprennent maintenant bien le concept avant de l’appliquer. » (Ibid., p. 21)
Les limites
La mise en place de la classe inversée en mode virtuel comporte certains défis. D’abord, apprivoiser les applications numériques nécessaires à la bonne marche demande un investissement de temps considérable. La réalisation des capsules requiert aussi une planification d’envergure puisque l’atteinte d’un enregistrement parfait peut parfois être vécue comme une quête impossible et sans cesse à recommencer.
« Je mets plus de temps que j’en mettais avant à préparer mes cours, c’est une évidence! » (Ibid. p. 22)
La personnalisation des contenus en fonction des besoins des étudiants demeure une pratique gagnante, mais suppose que les vidéos ne peuvent être reprises l’année suivante.
Trouver la meilleure façon de procéder en termes de temps et d’utilisation s’avère le grand défi de cette aventure, car si les capsules peuvent être individualisées, les concevoir de manière intemporelle permet qu’elles soient récupérées dans d’autres cours, année après année. Il s’agit alors d’une planification de classe qui s’amenuise et qui diversifie les modalités pédagogiques dans certaines matières.
En terminant
Bien qu’elle ait été une façon de s’adapter en état d’urgence, la stratégie de la classe inversée demeure une solution pédagogique à considérer pour toutes les occasions. Des expérimentations variées pourront produire des canevas efficaces adaptables à tous les enseignants. Puisque l’enseignement en ligne semble se tailler une place de choix dans la transmission des connaissances, oseriez-vous vous lancer dans l’aventure?
Références
Tardif, S. et Rivard, M. (2021). La classe inversée en mode virtuel : portrait d’une formule gagnante. Revue hybride de l’éducation, 4(16), 15-24. https://www.erudit.org/fr/revues/rhe/2021-v4-n6-rhe06068/1077614ar/
Epstein, A.S. (2020). L’apprentissage actif au préscolaire. Chenelière Éducation. https://www.cheneliere.ca/12305-livre-l-apprentissage-actif-au-prescolaire.html
Nizet, I., Galiano, O. et Meyer, F. (2016). Vers un cadrage théorique pour comprendre la classe inversée. Dans A. Dumont et D. Berthiaume (dir.), La pédagogie inversée (p. 39-50). De Boeck Supérieur.
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