Enseigner la maitrise de soi aux enfants réduit les problèmes en classe
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Texte adapté et traduit de Teaching Self-Control Skills to Children Reduces Classroom Problems, publié sur le site du Centre médical de l’Université de Rochester le 5 mars 2010
Les enfants à qui on apprend des techniques pour sentir et contrôler leurs émotions (dont la colère) manifestent de meilleurs comportements en classe et sont beaucoup moins susceptibles d’avoir des avis disciplinaires, d’être renvoyés ou suspendus selon une étude réalisée par des chercheurs du Centre médical de lUniversité de Rochester (États-Unis).
Dans un article publié en ligne par le Journal of Abnormal Child Psychology , on apprend que les enfants qui ont participé à un programme de mentorat en milieu scolaire ont été environ deux fois moins susceptibles d’être impliqués dans un incident disciplinaire au cours de la période de trois mois qu’a duré l’étude. Les chercheurs ont aussi observé que la moyenne des suspensions pour ces enfants a chuté de 43 % par rapport à la moyenne du groupe témoin qui n’a pas suivi le programme de mentorat. Les chercheurs ont aussi noté une diminution de 46% du taux de renvois au bureau de discipline pour les élèves du programme de mentorat par rapport aux enfants du groupe témoin.
« Notre objectif dans le développement du projet était de « traduire », dans un programme accessible aux écoles, des résultats de recherche sur la façon dont les enfants apprennent les compétences de résilience dans leurs relations avec des adultes. Réussir au primaire est un facteur qui augmente les chances d’avoir un développement futur sain », soutient Peter Wyman, auteur principal de l’article et professeur en psychiatrie au Centre médical.
Cette étude montre qu’avec les directives appropriées d’un adulte formé, les jeunes enfants sont capables d’apprendre beaucoup de choses sur leurs émotions et sur les compétences qui permettent de les gérer efficacement. Ces compétences peuvent avoir des retombées positives et directes sur leur fonctionnement à l’école.
L’étude a évalué l’efficacité du « Projet Résilience » qui a été développé par Peter Wyman et Wendi Cross, professeur agrégé de psychiatrie et de pédiatrie au Centre médical, pour répondre aux besoins des jeunes enfants éprouvant des problèmes de comportement et socioaffectifs émergents en milieu scolaire. Un peu plus de 200 enfants ont participé à l’étude. Ceux-ci provenaient de deux écoles élémentaires urbaines de la maternelle jusqu’à la troisième année et avaient manifesté des problèmes socioaffectifs ou de comportement et/ou d’apprentissage à l’école. Pendant quatre mois, ils ont appris et pratiqué des compétences comportementales et cognitives qui visent à renforcer l’autorégulation des émotions afin d’atteindre leurs objectifs personnels et améliorer leur adaptation scolaire.
Les activités du projet présentent le mentor comme un adulte empathique, informé du contexte de vie de chaque enfant, de ses points forts et de ses difficultés. Grâce à l’apprentissage et à la pratique guidés par un adulte en contexte scolaire, les enfants apprennent à évaluer leurs propres émotions et celles des autres en utilisant des indices pour identifier leurs émotions et leur intensité.
Apprendre à gérer ses émotions grâce à un thermomètre, des muscles mentaux et un parapluie imaginaire
La maitrise de soi et la réduction de l’intensité des émotions sont enseignées à travers le concept du thermomètre des émotions. Les enfants apprennent à utiliser des muscles mentaux pour contrôler leurs émotions et pour les empêcher de pénétrer dans une « zone chaude ». Ils apprennent aussi à garder le contrôle et à retrouver l’équilibre grâce à des stratégies comme respirer profondément, prendre du recul face à des situations émotionnelles intenses et utiliser un parapluie imaginaire pour se protéger des paroles blessantes.
Pour chacune des 14 leçons hebdomadaires, les enfants ont une rencontre individuelle d’environ 25 minutes avec leur mentor pendant les heures de classe. Les compétences enseignées aux enfants sont expliquées en termes simples et adaptés à leur niveau de développement. Le renforcement et la rétroaction des mentors sont également des facteurs déterminants pour que les enfants acquièrent de façon satisfaisante les compétences souhaitées. Les enseignants collaborent avec les mentors pour identifier des situations en classe où il serait utile que l’enfant mobilise ses compétences d’autogestion des émotions. Pour faciliter le rappel des stratégies à mettre en œuvre lors d’une telle situation, le mentor donne à l’enfant un autocollant ou un bouton, par exemple, que l’enfant associe à ce rappel.
Selon l’évaluation des enseignants, les enfants qui ont participé au programme ont montré une amélioration de leur comportement en classe sur tous les plans. L’intervention des mentors a eu un impact positif sur le taux d’incidents disciplinaires, dont les agressions et les comportements perturbateurs. Les chercheurs ont aussi noté que ces enfants ont adopté de meilleurs comportements en situation d’apprentissage, ils ont mieux socialisé avec leurs pairs et ont manifesté plus d’assurance. Après l’étude, les enfants du groupe témoin ont également participé au programme de mentorat.
Le mentorat a permis aux filles d’améliorer leurs compétences sociales
« Nous avons constaté que les filles se sont améliorées plus que les garçons sur le plan des compétences sociales avec les pairs, mais nous n’en connaissons pas les raisons, affirment les chercheurs. Tous les mentors étaient des femmes : il est possible que le mentorat entre des personnes du même sexe jumelé à d’autres facteurs puisse influencer la manière dont les enfants perçoivent leur mentor comme un modèle à imiter pour le développement de leurs compétences sociales. »
Selon les chercheurs, cette étude démontre le potentiel de leur projet modèle destiné à un grand nombre d’enfants issus de minorités culturelles et de milieux défavorisés qui ont un accès limité aux services de santé mentale. « Nous continuons à évaluer le projet, nous cherchons à savoir si ses effets sont durables et nous tentons de trouver des activités qui aideraient les enfants à conserver les compétences qu’ils ont acquises », conclut Wyman.
Peter A. Wyman, Wendi Cross, C. Hendricks Brown, Qin Yu, Xin Tu and Shirley Eberly (2010). Intervention to Strengthen Emotional Self-Regulation in Children with Emerging Mental Health Problems: Proximal Impact on School Behavior. Journal of Abnormal Child Psychology (prépublication en ligne).