
La coévaluation au service du développement de la compétence à communiquer oralement
Équipe de recherche
Karine Desrochers, M. A.
Étudiante au doctorat en éducation
Université du Québec à Trois-Rivières
Rachel Berthiaume, Ph. D.
Professeure titulaire au département de didactique
Université de Montréal
Christian Dumais, Ph. D.
Professeur titulaire au département des sciences de l'éducation
Université du Québec à Trois-Rivières
Rendre l’évaluation de l’oral pertinente, formatrice et moins anxiogène pour les élèves s’avère un important défi à relever pour le personnel enseignant. Une recherche de maîtrise, menée auprès de 78 élèves de première secondaire au Québec, indique que la coévaluation formative peut y contribuer (Desrochers, 2023). Cette approche interactive favorise le développement de la compétence à communiquer oralement tout en renforçant la confiance en soi et l’engagement des élèves. Le présent article aborde deux démarches de coévaluation et leurs bienfaits, en plus de proposer quelques astuces pour en faciliter le déroulement.
Les coévaluations formatives élève-élève et personne enseignante-élève
La coévaluation consiste à confronter plusieurs points de vue sur une même prise de parole (Dumais, 2011a). Elle peut se faire entre pairs (élève-élève) ou entre la personne enseignante et l’élève. Dans une perspective formative, elle vise à soutenir l’apprentissage en aidant l’élève à identifier ses forces et ce qu’il doit améliorer. L’objectif n’est pas d’attribuer une note, mais de guider l’élève dans le développement de sa compétence à communiquer oralement.
Les figures ci-dessous illustrent les démarches qui ont été expérimentées. Elles peuvent servir de repères aux personnes enseignantes du primaire ou du secondaire souhaitant intégrer la coévaluation à leurs pratiques.


Les deux modalités impliquent l’utilisation d’un outil électronique (tablette ou téléphone cellulaire) et de deux questionnaires (l’un rempli par la personne coévaluatrice et l’autre par l’élève évalué). Ces questionnaires comprennent les mêmes questions afin d’en favoriser la comparaison (par exemple : « Quels sont les forces et les points à améliorer ? Pourquoi ? »). Par ailleurs, précisons que la production finale (étape 5) peut porter sur un autre sujet que la prise de parole de pratique (étape 2), favorisant ainsi le transfert des connaissances.
Pourquoi intégrer la coévaluation formative à ses pratiques ?
La coévaluation formative présente plusieurs bénéfices pour les élèves. Nos résultats indiquent que, peu importe la modalité choisie, elle contribue au développement de la compétence à communiquer oralement. En effet, après avoir vécu une démarche de coévaluation, la majorité des élèves ont amélioré la qualité de leur exposé oral. Lors d’entrevues, les élèves ont aussi souligné plusieurs bénéfices perçus, variables selon la modalité expérimentée. La figure ci-dessous présente ces bienfaits :

Ainsi, la coévaluation formative soutient non seulement la qualité des prises de parole, mais renforce aussi l’engagement, la motivation et la confiance en soi à l’égard de la compétence à communiquer oralement. Dans un contexte où l’oral est souvent anxiogène, ces retombées apparaissent particulièrement pertinentes.
Des astuces pour favoriser le bon déroulement de l’activité
Pour tirer pleinement parti de la coévaluation formative, voici des astuces spécifiques pour chaque modalité.
Coévaluation élève-élève :
- Enseigner à formuler des rétroactions. Différentes techniques peuvent être utilisées, comme la justification à l’aide de faits audibles ou observables, le message en « je » ou la méthode « sandwich » (force, point à améliorer et force) (Dumais, 2011b).
- Former les duos soi-même. La personne enseignante peut jumeler des élèves travaillant bien ensemble, mais n’étant pas forcément amis. Cela limite les discussions hors sujet et favorise des rétroactions plus sincères, comme le souligne une élève : « Si on le fait avec quelqu’un qu’on connait moins, t’as une meilleure critique que si tu l’avais [sic] juste fait avec un ami que t’as pas envie de blesser ».
Coévaluation personne enseignante-élève :
- Laisser de la place à la parole de l’élève. Nous avons observé que les élèves ont souvent tendance à écouter la personne enseignante sans poser de questions. Il peut être utile de les questionner et de les inviter à s’exprimer tout au long de la discussion.
- Utiliser un support visuel. Montrer des extraits de la prise de parole (avec une tablette ou un ordinateur) permet d’illustrer les commentaires et d’aider les élèves, parfois gênés de poser des questions, à mieux comprendre les rétroactions.
En conclusion
En somme, la coévaluation formative constitue une approche efficace à intégrer aux pratiques d’évaluation de l’oral. Elle soutient le développement de la compétence à communiquer oralement tout en favorisant l’engagement et la confiance en soi des élèves. En appliquant quelques astuces, personnes enseignantes et élèves peuvent exploiter tout le potentiel de cette démarche.
Références
Desrochers, K. (2023). Effets des coévaluations formatives élève – élève et enseignante – élève sur le développement de la compétence à communiquer oralement d’élèves du secondaire [mémoire de maîtrise, Université de Montréal]. Papyrus. http://hdl.handle.net/1866/32470
Desrochers, K., Dumais, C. et Berthiaume, R. (2024). Évaluer la compétence à communiquer oralement au moyen de la coévolution formative. Formation et profession, 32(2), 1-6. http://dx.doi.org/10.18162/fp.2024.a326
Dumais, C. (2011a). L’évaluation de l’oral. Dans L. Lafontaine (dir.), Activités de production et de compréhension orales : Présentation de genres oraux et exploitation de documents sonores (p. 17-46). Chenelière Éducation.
Dumais, C. (2011b). L’évaluation de l’oral par les pairs : pour une inclusion réussie de tous les élèves. Vie pédagogique, 158, 59-60. https://uqtrsspt-my.sharepoint.com/:b:/g/personal/christian_dumais_uqtr_ca/EcbI01RK0LxDncm991x_pGcByeTYQZl1OYl8aNGyrnY4qA?e=atVgKH
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