Québec, le 4 février 2004 – Professeure titulaire au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Trois-Rivières, Mme Nadia Rousseau a réalisé une recherche longitudinale sur une période de deux ans ayant pour but de tester l’efficacité d’un programme d’intervention visant à faciliter le processus d’inclusion scolaire des élèves ayant des troubles graves d’apprentissage.
La recherche
De 1995 à 1998, Mme Rousseau a soutenu sa recherche avec la collaboration du ministère de l’Éducation de l’Alberta, de la Commission scolaire Edmonton Public Schools, d’une enseignante et de la direction d’une école. La pratique générale du milieu scolaire était de retirer des programmes d’immersion française les élèves qui avaient des problèmes d’apprentissage.
La recherche poursuivie par Mme Rousseau comprenait deux objectifs principaux : le premier était de démontrer qu’en apportant un soutien approprié aux élèves en fonction de leurs difficultés et de leurs défis, ils pouvaient aussi bien réussir que si on les retirait du programme d’immersion. « Les retirer de la classe portait sévèrement atteinte à l’estime de soi et aux chances de réussite des élèves, même en les retournant dans un programme régulier de langue première », explique Nadia Rousseau. La recherche avait comme deuxième objectif de développer un programme d’intervention qui allait favoriser une meilleure intégration des jeunes au sein de l’école régulière et de l’école d’immersion.
La recherche a été effectuée auprès d’élèves de 3e et de 4e année du primaire, avec la collaboration des parents et des enseignants. Trois groupes d’élèves ayant des troubles d’apprentissage graves ont été suivis sur une période de deux ans. Le premier groupe est demeuré dans le programme d’immersion, le deuxième a été soumis au programme d’adaptation scolaire et le troisième a été placé en classe régulière de langue première.
« La première année était la plus importante en terme d’intervention », explique Nadia Rousseau. Différentes activités ont été mises sur pied dont une activité de connaissance de soi (discussions avec les enfants sur l’identification de leurs difficultés et sur la définition d’un problème d’apprentissage), une activité de sensibilisation auprès des parents et des intervenants scolaires et l’introduction de stratégies d’apprentissage qui misaient davantage sur les forces de l’élève.
Des résultats concluants
Les conclusions de la recherche furent très probantes. Le premier groupe a terminé avec de nouvelles aptitudes, soit une perception de soi plus positive, un sentiment de confiance et de contrôle, une estime de soi plus élevée, une diminution des problèmes à la maison reliés à l’école et une amélioration sensible sur le plan académique. Les enseignants rapportent avoir eu un plus grand plaisir à travailler avec ces enfants. De plus, les parents ont remarqué que la qualité de la relation entre l’enseignant et l’élève était liée au progrès de l’enfant et de son bien-être à l’école. Le deuxième groupe, placé en programme d’adaptation scolaire, n’a démontré aucune amélioration, tandis que le troisième en classe régulière affichait une baisse d’estime de soi et peu d’amélioration scolaire.
Deux facteurs principaux ont contribué au succès de ce projet : le maintien des élèves en classe d’immersion et la mise en application du programme d’intervention. Ce programme a permis de créer cette relation authentique que la chercheuse appelle « la pédagogie de la sollicitude », basée sur la compréhension, la sensibilisation et l’empathie.
« Les difficultés quotidiennes rencontrées par les élèves finissent par colorer leur personnalité, leur détermination, leur motivation, leur perception d’eux-mêmes et leur désir même d’apprendre, explique la chercheuse. Certains exprimeront leur désarroi par la colère et l’agressivité, alors que d’autres choisiront des modes d’expression plus introvertis. Ce faisant, ils projettent une image qui influence les actions de l’enseignant, de sorte que, parfois et malgré lui, celui-ci agit davantage en fonction des manifestations de détresse de l’enfant qu’en fonction de son trouble d’apprentissage. »
Depuis, Mme Rousseau a mis à l’épreuve ses recherches maintes fois au Québec avec autant de succès. En 1998, les mêmes outils ont été mis en application, cette fois avec des élèves du secondaire (16 et 18 ans). Après un an, les jeunes adultes avaient retrouvé leur confiance en soi, une perception plus positive d’eux-mêmes et ils affichaient une meilleure performance. Ils étaient demandeurs de cette pédagogie. Enfin, ils étaient compris !
« Les manifestations de ces problèmes seront présentes toute la vie et seront tributaires de l’interaction entre les exigences du milieu, les forces et les besoins de l’individu, rappelle Nadia Rousseau. Il est donc primordial de sensibiliser toutes les personnes significatives qui gravitent autour d’eux afin d’assurer un plus grand sentiment de bien-être. »
La trousse de sensibilisation aux implications pédagogiques des troubles d’apprentissage Dans les bottines de Benoît permet de placer les enseignants, les intervenants, les parents et les jeunes dans la situation de l’élève ayant des troubles d’apprentissage, colorant l’intervention qui favorise la pédagogie de la sollicitude, « une intervention qui répond aux besoins réels de l’enfant », ajoute Mme Rousseau.
Ces observations ont amené la chercheuse à affirmer que « chaque jeune ayant des troubles d’apprentissage est un individu tout à fait unique qui demande une intervention adaptée à ses besoins ».
Docteure en psychopédagogie
Mme Nadia Rousseau est détentrice d’un doctorat en psychopédagogie et d’une maîtrise en éducation spécialisée de l’Université de l’Alberta. Professeure titulaire au Département des sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Trois-Rivières depuis 1988, elle a débuté sa carrière universitaire à l’Université de l’Alberta dans les domaines de la supervision de stages et de la pédagogie de l’inclusion scolaire. Titulaire de la Chaire de recherche CFER et chercheuse régulière au Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIRES), ses recherches portent sur l’expérience scolaire et la connaissance de soi des jeunes ayant des troubles d’apprentissage, sur la pédagogie inclusive et sur l’impact des stages non traditionnels sur l’attitude et le développement des compétences des futurs enseignants.
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Source : Hélène Rioux
Directrice du marketing et des communications
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