Selon les plus récentes évaluations de Statistiques Canada et de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), pas moins de 25 % des jeunes canadiens de 15 et 16 ans ne posséderaient pas une maîtrise suffisante de la lecture pour bien comprendre le sens d’un texte. Or, l’habileté à lire et à écrire constitue le meilleur indicateur de succès scolaire, et le taux de décrochage des élèves au secondaire est fortement lié à cette habileté.
C’est dans ce contexte que Philip C. Abrami, chercheur et directeur du Centre d’études sur l’apprentissage et la performance (CÉAP), de l’Université Concordia, a conçu Abracadabra avec son équipe. Cet outil Web vise à favoriser l’apprentissage de la lecture et de l’écriture chez les élèves anglophones de la maternelle et de la première année du primaire ainsi que chez ceux de deuxième année qui présentent des difficultés à cet égard.
M. Abrami répond à nos questions.
Les conséquences d’une alphabétisation déficiente sont vastes et énormes. Si l’on considère que les difficultés de lecture et d’écriture constituent une cause majeure du décrochage scolaire, donc d’une faible scolarité, il faut parler à la fois de conséquences économiques et sociales. Les personnes sous-scolarisées ont des salaires annuels de plusieurs milliers de dollars inférieurs à la moyenne, ce qui se traduit par des centaines de milliers de dollars à l’échelle d’une vie. Il existe en outre des corrélations entre les taux d’analphabétisme et le recours à l’assistance sociale, la délinquance et la réussite au travail.
Absolument. Selon un rapport rendu public par Statistiques Canada voilà quelques années, si nous pouvions augmenter de seulement 1 % le taux d’alphabétisme au pays, cela se traduirait par une plus-value annuelle de 18,4 milliards $ dans notre économie. En fait, le taux d’alphabétisme constitue le plus fort indicateur du bien-être économique d’une société.
L’un des mandats de notre groupe est de chercher les meilleures façons d’utiliser les nouvelles technologies dans l’apprentissage scolaire. Or, il a toujours été évident pour nous que si nous devions favoriser l’implantation des technologies de l’information dans les classes, aussi bien le faire pour quelque chose d’important qui puisse vraiment profiter aux élèves. Et tout ce que nous venons d’évoquer sur l’analphabétisme nous est vite apparu une question essentielle, non seulement pour les écoliers eux-mêmes, mais pour l’ensemble de la société.
D’abord qu’il faut intervenir très tôt dans le processus. Dès qu’un enfant commence à se colleter avec la lecture et l’écriture et à éprouver des difficultés, on doit l’aider. Les chances de succès sont alors beaucoup meilleures qu’après quelques années. Un élève qui maîtrise mal la lecture et l’écriture après la troisième année du primaire est vraiment à risque d’échec scolaire.
Ensuite, les recherches nous ont montré qu’un apprentissage réussi de la lecture et de l’écriture repose sur quatre habiletés fondamentales : l’alphabétisation, c'est-à-dire l’apprentissage des graphèmes et des phonèmes ; l’élocution et la fluidité, pour lire avec rythme et expression ; la compréhension du texte ; et, finalement, l’écriture (orthographe des mots et rédaction de phrases).
Exact. En 2000, nous avons lancé un prototype de logiciel que nous avons amélioré chaque année depuis. Le cœur de notre outil – le module d’apprentissage – apporte à l’élève une assistance structurée dans ces quatre domaines de compétence. Cela se fait par le biais d’activités en ligne qui mettent en scène de sympathiques personnages, comportent différentes animations et proposent 32 petites histoires que l’élève et l’enseignant choisissent selon le niveau de difficulté désiré.
En plus d’apprendre mieux, l’élève est aussi davantage motivé à apprendre, compte tenu de l’aspect ludique du logiciel et du choix possible de l’activité à réaliser. En utilisant PERLE, un autre outil Web que nous avons créé, l’enfant peut en outre suivre ses progrès dans chacun des quatre domaines de compétence, ce qui s’avère également une source de motivation. Nous n’avons pas fait d’évaluation spécifique sur la motivation, mais nous savons que les enfants adorent apprendre avec Abracadabra et qu’ils ne veulent pas cesser de l’utiliser.
Certainement pas. Abracadabra est à la fois un outil d’apprentissage et un outil d’enseignement. Les enseignants du primaire ont une foule de matières à voir ; ils ne peuvent pas être experts en tout. Grâce à trois modules qui leur sont destinés dans le logiciel, ils reçoivent du soutien à la fois pour utiliser l’outil, pour améliorer leur enseignement de la lecture et de l’écriture et pour suivre les progrès des élèves. Ils peuvent aussi échanger entre eux dans un environnement sécurisé. Bref, avec Abracadabra, ils augmentent leur expertise.
Et pour ceux qui voudraient aller plus loin et plus vite, de façon à vraiment s’approprier l’outil, nous offrons une formation d’une journée complète.
L’un des cinq modules du logiciel s’adresse spécifiquement aux parents, qui y trouvent des conseils et des activités à faire avec leur enfant pour mieux le guider au cours de son apprentissage.
De plus en plus d’études, réalisées partout au Canada, nous disent que les élèves qui utilisent Abracadabra performent mieux que ceux qui ne l’utilisent pas. Les meilleurs résultats que nous obtenons jusqu’à maintenant concernent les deux premières habiletés – alphabétisation et élocution – et de plus en plus aussi la compréhension.