De plus en plus, le monde de l’éducation se préoccupe de la réussite scolaire et professionnelle des jeunes qui ne se destinent pas à des études avancées. On veut également mieux aider les adultes qui ont un faible niveau de qualification à trouver des emplois répondant à leurs intérêts et mettant leur potentiel en valeur. C’est dans cette optique et surtout dans le but d’élargir les horizons professionnels de ces clientèles qu’a été conçu l’Inventaire visuel d’intérêts professionnels (IVIP) par deux professeures de l’Université de Sherbrooke et un de l’Université de Montréal. Depuis sa sortie en ligne, en novembre 2008, cet outil pédagogique a mérité deux prix à ses auteurs : un de l’Association canadienne de counseling et de psychothérapie, pour du matériel de formation et de counseling, et le Prix scientifique 2009, secteur orientation, de l’Ordre des conseillers et conseillères d’orientation et des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec.
Nous avons rencontré l’une des auteurs, Marcelle Gingras, dans son bureau à l’Université de Sherbrooke, ainsi qu’un enseignant qui utilise l’IVIP dans ses classes avec des élèves inscrits au Parcours de formation axée sur l’emploi, Marco Ouellet de l’école secondaire du Triolet de Sherbrooke. Nous nous entretenons maintenant avec M. Ouellet.
Parfois individuellement avec certains élèves lorsque les circonstances le demandent ; mais le plus souvent, en groupes d’une vingtaine d’élèves, au laboratoire d’informatique où chacun dispose d’un ordinateur portable. Moi, j’utilise un projecteur multimédia avec mon portable pour mieux guider les élèves et leur permettre de bien suivre durant la passation, que je précède des directives nécessaires. Comme chacun peut imprimer et conserver les résultats de son test, il nous est facile d’y revenir cas par cas au besoin.
Par exemple, en explorant avec l’élève différents métiers dans les secteurs d’emploi qui sont ressortis dans ses préférences lors du test et en ciblant, à partir de cela, des endroits où il pourrait faire une demande de stage.
Oui, pendant son stage, l’élève peut avoir découvert qu’il n’était pas vraiment à l’aise avec le public, à titre d’exemple, avoir préféré tel aspect ou s’être trouvé d’autres habiletés. On repasse alors le test et, en fonction de l’expérience vécue dans le stage, le résultat peut être différent, donner une nouvelle orientation. C’est pour cela que j’administre généralement l’Inventaire deux fois aux mêmes élèves : la première fois pour donner une direction, et la seconde, pour valider les choix.
Très rarement. Je dirais même qu’ils aiment cela. D’abord, ces jeunes sont généralement très habiles en informatique, puis l’exercice demande peu d’efforts intellectuels. En plus, ils reçoivent les résultats immédiatement sous forme de profil personnel, ce qui les intéresse d’emblée, et ils ont tout de suite accès aux informations concernant les métiers sur lesquels ils ont eu à se prononcer. Plusieurs continuent même leur exploration à la maison d’où ils peuvent accéder à Repères avec leur numéro. Je les incite d’ailleurs à le faire avec leurs parents.
Sans doute, mais deux types d’élèves, en particulier, peuvent en tirer un grand bénéfice. En premier lieu, celui qui n’a aucune idée de ce qu’il veut faire. Cet outil lui permet au moins de visualiser une grande variété de tâches, parmi lesquelles il a toutes les chances d’en trouver quelques-unes attrayantes.
Et celui qui a plein d’idées, mais qui ne sait pas quoi choisir. Une journée, c’est la mécanique qui l’intéresse et le lendemain, la construction ou l’alimentation. Je lui dis alors « allons voir ton IVIP et regardons ce qui ressortait dans tes choix ». Je me rappelle un garçon qui hésitait devant deux ou trois possibilités alors que le résultat de son test montrait une nette attirance pour l’alimentation. Je lui ai parlé d’un stage de cuisinier disponible auprès d’un employeur. Il y est allé et il a non seulement réussi mais adoré son stage. Avec l’IVIP, il a en quelque sorte trouvé sa voie.
J’ajouterais que l’Inventaire peut aussi être très efficace avec les élèves ayant des difficultés particulières d’apprentissage qui leur rendent la lecture difficile, trouble envahissant du développement ou dysphasie par exemple. C’est plus aisé pour eux de fonctionner avec des images.
D’abord, je trouve facile de travailler avec les élèves de cette façon. Ensuite, cet outil me permet de varier mon enseignement. Il me permet entre autres d’aider l’élève à mieux se connaître : en regardant les résultats du test avec lui, je peux lui demander pourquoi il a aimé telle situation représentée sur une photo, lui faire observer qu’il a coché favorablement tous les emplois qui s’effectuent à l’extérieur ou en groupe, voir avec lui s’il a les qualités requises pour effectuer les tâches décrites pour tel travail… J’apprécie également le fait d’avoir un outil qui m’aide à guider mes élèves dans leurs choix de stages. L’IVIP me sert notamment pour explorer le marché des entreprises qui acceptent des stagiaires. Quand on doit placer des élèves, c’est important d’avoir une banque d’employeurs potentiels. Grâce aux hyperliens, nous pouvons aller sur les sites Web des employeurs, imprimer le contenu désiré et l’insérer dans un cartable qui nous servira de répertoire d’entreprises. Et cela s’effectue automatiquement à mesure que les élèves font leur exploration.